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De l'écriture musicale
à la musique des mots

En ces temps bouleversés et bouleversants, je me présente à vous en tant qu'auteur. Alors que je m'apprêtais à proposer à l'édition mon premier roman, un virus, un confinement, en ont décidé autrement. Très bien. Je vous offre donc l'introduction audio quelques lignes ci-dessous, de mon récit d'aventures "La nuit Je vole" ainsi qu'une nouvelle intitulée "Nous sommes en guerre".

 

À propos d'elle

Écrire ce que l'on n'ose pas dire. Choisir l'être de papier pour témoigner de ses expériences. Elles sont multiples.

Je suis une fille à facettes qui s'amuse avec l'écriture. Un moyen de plus, pour évoquer mes émotions et les partager avec l'inconnu qui pourra s'y reconnaitre, s'y réconforter. Depuis l'adolescence j'écris. Depuis peu j'invente des histoires en inventant aussi ma vie. Les cités d'or, tiens ? Si j'allais voir le Machu Picchu. Les kangourous, tiens ? Si j'allais en Australie. Des voyages il y en eut plein, autant que les différents métiers que j'ai exercés m'en ont donné les moyens. Il faut parfois avoir des super pouvoirs lorsqu'on veut réaliser ses rêves d'ailleurs, suivre ses intuitions et sa voix intérieure. Musicienne alias Miss Peg avant d'être écrivain, si je puis me permettre, il me semble avoir trouvé dans les mots une certaine mélodie, celle de mon coeur qui se dévoile sans artifice. Voilà peu d'indices quant à elle mais n'est-il pas préférable de conserver une part de mystère ?

 

La nuit Je vole

3 janvier 2020

Voler de mes propres ailes littéraires et arriver jusqu'à votre table de chevet est l'un de mes souhaits. Prêtez l'oreille à cette introduction audio ponctuée de quelques notes de musique et si vous envoler avec moi vous tente, votre mail déposé en page contact recevra cet ouvrage complet en pdf.

 

Une Nouvelle

"Nous sommes en guerre"

Nouvelle inspirée de l'histoire familiale. La photo ci-dessous représente Léonard Sirieix, 2em classe - 277 Rgt d'Infanterie,
tué à l'ennemi le 5 avril 1918, mon arrière-grand-père.

 

"Nous sommes en guerre"

Marie, recroquevillée dans son lit, le visage éclairé par ce premier rayon de soleil matinal, ouvre un oeil. Une atmosphère étrange règne au dernier étage de cet immeuble de la rue de Babylone. Une impression de déjà vu. Un sentiment que quelque chose de terrible pourrait à nouveau se produire.

Tandis qu’elle met un pied au sol, une mésange se pose sur le rebord de la fenêtre de sa chambre. Son chant l’interpelle. Lui délivre-t-elle un message ? Posant le second pied par terre, ses yeux grands ouverts, elle se hisse de tout son mètre soixante, stable et déterminée pour marcher en direction de la cuisine. L’appartement ne comporte qu’une trentaine de mètres carrés, mais elle s’y sent bien, à l’abri. Elle ne se doute pas encore de ce qui l’attend.

Elle prépare son café accompagné de petits congolais qu’elle trouve au Bon Marché, chez Mireille, sa meilleure amie pâtissière qui en fait tourner des têtes. Elle l’envie un peu pour ses talents culinaires et ses attributs physiques. Mais elle aussi, a séduit, connu l’amour, le grand, qui lui fût enlevé, arraché à son coeur, un 5 avril 1918. Léonard, son Léonard. Courageux combattant, que cette guerre dégueulasse lui ôta quelques mois avant que ne soit signé l’armistice, la laissant seule avec Léon et Marcel, leurs deux fils. Merci mon Dieu, merci de m’avoir offert ces deux beaux enfants qui ressemblent tant à leur père, dit-elle dans chacune de ses prières.

Il est 8h. Elle allume la radio comme chaque matin. L’eau commence à frémir dans la casserole. Chouette, elle va bientôt pouvoir se délecter de sa boisson préférée. La première gorgée l’emporte, la transporte dans des pays lointains où elle rêve d’aller. Elle se souvient d’un matin, quelques jours avant de partir au front, où Léonard lui avait dit d’un ton plutôt enjoué et guilleret : 

« Tu sais Marie, un jour je t’emmènerai, je t’emmènerai sur la Route de la Soie, voir tous ces pays dont tu rêves, toutes ces couleurs, sentir ces parfums de jasmin, découvrir ces immenses plaines de silence où l’on ne peut voir que la beauté. Je te le promets. » 

À l’époque un peu moqueuse, Marie lui avait répondu : 

« Ah bon ? Et comment comptes-tu t’y prendre ? Avec ton triporteur, peut-être ? »

Elle regrette encore l’ironie dont elle avait fait preuve dans sa réponse. Elle le regrette d’autant plus qu’il s’agissait d’une des dernières conversations avec son bien aimé, son petit pangolin aimait-elle à l’appeler. Sa peau légèrement sucrée attirait systématiquement toutes les fourmis passant à proximité de lui, lorsqu’il osait dévoiler quelques centimètres de peau nue en été. La comparaison fût évidente lorsqu’elle apprit l’existence de cet animal étrange dans un de ces nombreux livres sur la faune et la flore du monde. Une de ses passions. Forcément, il n’appréciait pas tellement cette comparaison à mille lieues de flatter son égo déjà quelque peu malmené par sa petite taille. Mais il l’acceptait car il aimait tant la voir sourire de cette douce et innocente bêtise. C’était si rare de la voir ainsi. 

Marie s’accordait peu ce droit léger, car les duretés de la vie avaient marqué son visage et son âme. Pour contrer cette tristesse sous-jacente, elle se réfugiait souvent dans des songes éveillés pour entrevoir la vie avec un filtre chatoyant et parce qu’elle se devait d’être heureuse malgré tout. Cette vie la malmenait mais elle ne lui en voulait pas. Jamais, elle ne s’est plainte. Pas une seule fois. Pas un seul jour elle n’a pleuré sur son sort, car elle savait avoir tant de choses superbes à vivre. Elle savait aussi qu’elle foulerait cette terre bien plus longtemps que son défunt Léonard. En attendant son point final, qu’elle imaginait bien loin, elle considérait chaque jour comme inestimable. 

Et aujourd’hui tout particulièrement, ravie de se préparer et trouver de quoi régaler son plus jeune fils Léon, car il venait partager avec elle le déjeuner. Un rendez-vous hebdomadaire qu’elle ne raterait pour rien au monde. Qu’allait-elle bien pouvoir lui concocter ? Une entrée rafraichissante, suivie d’une pièce de boeuf pourquoi pas. De l’énergie pour son fils mécanicien, à genoux toute la journée, les mains dans le cambouis à tourner multiples clefs et manivelles. En accompagnement, des pommes de terre, celles de la ferme qu’ils ont du quitter à regret pour monter à la capitale. Et un dessert plus qu’original, des haricots rouges en provenance du Japon, qu’elle n’a jamais encore cuisinés et qui auraient, paraitrait-il, un goût légèrement sucré. Comment appellent-ils cela déjà ? Des azu…Azuki, quelle langue étrange. Toutes ces nouvelles saveurs venues d’ailleurs, c’est un début de voyage après tout.

Trèves de divagations linguistiques, il était temps de se préparer afin d’honorer au mieux cette réunion familiale.

Ordonner cette chevelure noire ébouriffée. Mettre une jolie robe. Du maquillage ? Non. Cela n’était pas pour Marie, elle n’en voyait pas l’utilité et comme elle se plaisait à le dire : «  Ça ne me rendra pas plus belle ! ».

Le temps filait à toute allure et la pressait de ranger l’appartement pour accueillir Léon correctement, car être une femme seule, n’est pas une raison valable pour laisser place au désordre.

Alors que les premières odeurs délicieuses de cuisine commençaient à parcourir l’appartement sur fond de musique diffusée à la TSF, voilà qu’on frappe à la porte.

C’était Léon. Vêtu de son costume d’atelier et paré de récentes rouflaquettes qu’il avait enfin laissées pousser à la demande d’Hélène, sa fiancée aux boucles blondes, il passa la porte et entra. Comme à chaque fois, il n’était pas venu les mains vides. Un présent d’un bleu intense entouré de papier journal, à l’intention de sa mère. Quelque chose de savamment choisi pour lui dérober un sourire. C’était toujours son objectif secret. Cette fois-ci, ses bras portaient un magnifique pot de muscaris. 

« Merci mon fils, tu me connais si bien. Elles sont aussi belles qu’au Jardin du Luxembourg. » 

Gagné. Elle sourit. Son coeur se réjouissait chaque fois qu’il sentait en elle, la joie reprendre un peu plus de place.

Léon avança avec délicatesse dans le couloir qui menait à la cuisine. Même vêtu de son habit de travailleur, il était de ces êtres quoiqu’ils portent, qui le font avec élégance et classe. Il s’installa à la table de la cuisine présidée par cet imposant poste de radio, qui ne cessait jamais de chanter depuis qu’il le lui avait offert pour son cinquantième anniversaire. Et cela rendu possible grâce à son tout premier salaire.

Marie s’installa face à lui, après avoir servi à chacun, un demi pomelo juteux dont les couleurs et la saveur, prolongeaient un peu les souvenirs de vacances. Ils se regardèrent sans dire un mot mais leurs yeux parlaient pour eux. Ils étaient heureux.

Soudain, dégustant les premières cuillères de ce fruit savoureux, la musique s’arrêta. Une annonce de grande importance allait être donnée.

Un frisson d’effroi parcourut Marie de la tête aux pieds. Son sang se glaça. Elle perdit la petite cuillère qui tomba de sa main gauche et résonna d’un bruit cinglant sur l’assiette en porcelaine. Elle regarda Léon, le souffle coupé. Léon lui prit la main et attendit tout comme elle, que ce suspense cesse. Quelques secondes interminables où ils savaient tous les deux que leurs destins allaient basculer. À nouveau. Marie savait déjà, ce qu’elle ne voulait surtout pas entendre. Elle ressentait cette terrible angoisse monter. Elle vit défiler à grande vitesse dans son esprit toutes les images de la guerre. La « Grande Guerre » comme ils avaient osé l’appeler. Qu’avait-elle de si grand pour être payée de la vie de son mari et de bien d’autres pères de famille. Elle revit comme si c’était maintenant, le départ de Léonard alors qu’elle portait Léon dans ses bras, petit bébé de quelques mois, et Marcel son grand frère âgé de 9 ans serrant sa robe fermement, par peur qu’elle ne parte elle aussi. Tous les trois désarmés face à ce départ qui se révéla être sans retour. Non. Marie ne voulait pas entendre ce qui arrive. Non. Marie avait peur de perdre encore ce qu’elle avait de plus cher. Deux fils en âge de combattre. Non. Pas encore. Non. Pas une fois encore. 

« Maman ? Maman ? Tu as entendu ? » 

« Non. Qui a-t-il mon fils ? »

« Nous sommes en guerre. »



Ma libre écriture

Mon écriture comporte des règles. Celles de ma grammaire intérieure, de mon sentiment, de mes repères temporels. 

Pourquoi se soumettre dans le domaine artistique et créatif à des règles définies par les autres ?


Il y a une base à considérer pour le respect de la langue et la compréhension du lecteur ou de l’auditeur mais, n’oublions pas qu’elles peuvent changer en fonction de l’époque et des leaders. Certaines établies, validées par une assemblée académicienne, peuvent prêter à controverse. L’accord du participe passé du verbe « avoir » en est une.

Si notre curiosité nous emmène vers le passé, on découvre qu’il pourrait ne pas s’accorder, même si le fameux COD est placé avant. 

Combien de fois l’avez-vous entendu cette phrase ? Mais en fait, pourquoi devrait-on accorder en genre féminin, masculin, pluriel, une action au même titre qu’un état d’être ? Hé hé, sourions ensemble du nombre de fois où nous nous sommes posés cette question. 

Une autre règle plus récente, nous donne l’autorisation de reconnaitre la part féminine d’une auteur(e), mais laissez-moi pour celle-ci être quelque peu « vieille école » car je donne autant d’importance à ce mot, qu’il parle de mon côté masculin ou féminin. 


Et le temps ? À quel temps vis-tu ta vie ? À quel temps la racontes-tu ? Là encore, je m’accorde le droit d’en décider. Je n’ai ni raison, ni tort, je le sens comme ça. Du moment que vous y comprenez quelque chose, que vous puissiez recevoir ce que je vous donne en toute sincérité.


Pour la musique c’est pareil. L’harmonie, les notes, les chemins mélodiques qu’il faut emprunter pour être rangé dans le « bon » style musical… Peu importe. Ceux que j’emprunte peuvent certainement être classés, expliqués, commentés mais dans ce cas comme dans celui de l’écriture, les rendre logiques leur enlèverait toute forme de magie et de légèreté du voyage auquel je vous invite. Permettez-moi de coudre mon écriture et ma musique librement. 

La plupart du temps les contraintes sont soumises aux règles économiques, à un marché de l’art dans lequel je ne me suis probablement jamais retrouvée par peur de devoir donner une valeur financière à ce qui n’en a pas.

L’art n’a aucune petite règle, excepté celle qu’on se fixe. Des critiques du bon goût, du mauvais goût, il en existe mais partant du postulat que rien n’est ni bon, beau, mauvais ou moche, pourquoi se limiter à un avis ? S’enfermer entre les quatre murs du permis de construire son art.

Le temps du récit, le tempo de la musique, tout cela est mon affaire dans ma création littéraire et musicale, n’en déplaise aux jurés des académies et star académie.

Un tien(s) vaut mieux que deux tu l’auras. Je choisis aujourd’hui la liberté de créer plutôt que l’aval hypothétique des maîtres à bien penser ou bien exécuter. La mort de l’art, la mort de l’âme, la mort de l’horizon illimité, voilà ce à quoi on se risque à trop vouloir satisfaire, plaire, vendre et attendre validation. 


Faire des fautes. À qui la faute ? Se tromper. Tenter l’erreur. Soumettre ses maladresses.

N’est-ce pas cela être créateur ? Inventeur ? Aventurier de sa vie ?


Se permettre l’imperfection et toucher du doigt le respect de soi. Imaginer les mondes engloutis du passé, les villes suspendues du futur et à présent s’en remettre à l’instant.

Ce dernier ne se trompe jamais dans les mots qu’il chuchote à l’oreille. Il ne fait pas de fautes d’orthographe, car son langage n’a aucun alphabet. Il est là. Tout le temps. À nos côtés à travers les doutes également, qui pourraient mettre entre parenthèses la vie, les envies et la légitimité à exister vraiment.


Si tu es là, fais-moi confiance, c’est bien pour être quelque chose, voire même quelqu’un.


Un inconnu qui apprend à se connaitre. Un joyau de vie sur deux pieds qui marchent vers l’éternité. Ne t’en veux pas. Ne lui en veux pas. Il est là lui aussi à se chercher dans le vacarme. Elle est là elle aussi, à se trouver perdue parfois. Ils sont tous avec toi. Sans aucun masque d’attitude ni de certitude. 

Ils cherchent aussi à comprendre pourquoi et à s’accommoder de ce mystère sans fin, de ce début inconnu, de ce déroulé brodé au fil d’acier et du sens du courant de pensées.


Bien à vous,


Votre serviteur en jupe mais aussi en pantalon.

 

Je ne m'attends nulle part et pourtant j'y vais

 
 

©2019 par Peggy Sirieix